Biographie d'Otto Kurtzman


 

Otto Kurtzman est né à Vienne (Autriche) dans une famille très unie malgré le port obligatoire de masques. Tout jeune, Otto manifeste des dons pour la peinture et le dessin, et une grande passion pour les récits d'aventures, fables fantastiques, exotiques et policières, et pour les vaches aussi mais moins. Otto souhaite devenir marchand de salades, mais cédant à la pression paternelle, il suit des cours d’architecture à Vienne (toujours en Autriche). Mais comme il préfère la peinture, il part à Munich (ce n’est pas en Autriche). Soudainement, Otto décide de rompre avec sa famille, en particulier avec son chat Maurice, et entame un tour du monde qui va durer de 1908 à 1913. Il voyage en Extrême-Orient, en Europe, à Roubaix et au Congo. A son retour, très bronzé, il part pour la Belgique où il découvre le cinéma, puis pour Paris où il gagne difficilement sa vie en lisant la météo dans les lignes de la main. La déclaration de guerre en 1914 le pousse à quitter la France sur une bicyclette (selon son ami Murnau, il s’agissait d’un tricycle). Il s’engage dans l’armée autrichienne puis est hospitalisé à Vienne après avoir été blessé par une chute de jambon sur sa tête. Il rencontre alors le cinéaste et producteur Ernesto Duplato auquel il propose des scénarios. Malheureusement, Ernesto ne produit que des films sur les limaces et les escargots, il refuse donc les scénarios de Otto qui ne parlent que d’amour, de prostate et de croque-monsieur.
Juste à la fin de la guerre, Otto fait la connaissance de Ulla, une jeune fille qui veut devenir actrice et boire beaucoup de champagne. Ils tombent très amoureux et partent vivre à Zurich parce que Otto veut comprendre le sens de la Suisse (« ça veut dire quoi la suisse ? » répète-t-il sans cesse). C’est le moment où le mouvement dada prend son envol, alors Otto Kurtzman devient Dada. En décembre 1920, Otto rencontre le producteur Erich Pommer dans les toilettes d’un train, et Pommer le fait entrer dans la société cinématographique UFA. Otto peut enfin réaliser son premier film, Le monsieur et le croque-monsieur (sur le déclin de l’Empire Romain), film dans lequel Ulla interprète une jeune fille qui veut devenir actrice et boire beaucoup de champagne. En 1921, Otto tourne Les japonais d’accord, mais pas tout le temps, d’après Madame Butterfly et Les frères Karamazov. La même année, il signe son premier succès, Les poissons morts dans la soupe aux cressons, un film qui traite de l’incapacité de l’homme à se raser de la main gauche quand il est droitier. Ulla joue dedans une jeune fille qui se saoule au champagne et aspire des olives vertes avec son nez. Le public découvre le style particulier d’Otto dans cette œuvre : un langage esthétique fondé sur un jeu de prises de vues créant à l'arrière-plan de l'action des motifs géométriques (principalement des ronds) qui ne sont pas sans rappeler certaines peintures abstraites de cette époque, un montage des plans en cadence et un travail sur les éclairages qui offrent des contrastes saisissants. Fatiguée, Ulla se sépare d’Otto et part habiter à Los Angeles en compagnie d’un lanceur de javelot d’origine inconnue (« Tu ne sais même pas que mon point G est là ! » dit-elle à Kurtzman avant de monter dans un taxi).

Devenu l'un des plus importants cinéastes du pays, Otto Kurtzman signe une fresque de mystère et d'aventures qui a pour décor la République de Weimar et le restaurant chinois Crime et Châtiment : Le loriot chante avant de mourir. Puis il réalise un diptyque sur les grandes légendes germaniques, Charles Quint contre Vampirella. Il tourne ensuite un film de science-fiction humaniste, La moulinette de Socrate.  Soutenue par des effets spéciaux spectaculaires et totalement inédits à l'époque (la postière qui escalade un ananas à mains nues), la vision à bien des égards prémonitoire d'une ville futuriste coupée en deux parties distinctes selon les goûts culinaires de ses habitants impressionne aujourd'hui encore. C'est sur le tournage de ce film que Kurtzman  perd ses cheveux. Il revient au film de mystère et d'espionnage avec Arrête de rire, Albert, dont l’histoire est très volontairement abstraite (un type tombe dans un évier et fini par se marier avec une éponge), puis explore à nouveau la science-fiction avec En vacances sur le Titanic ; le premier film dans lequel on voit un dentier en gros plan.

Les films de cette période s'inscrivent dans la mouvance du cinéma expressionniste allemand, avec l'utilisation de décors peints en couleurs vives (bien que cela ne se voie pas en noir-et-blanc, cela influença sans doute le jeu des acteurs) et représentant des perspectives fortement improbables ; on a l’impression de se trouver sur un escalator du début à la fin du film, sauf dans le générique où on croit être prisonnier d’une robe de chambre.

Son premier film parlant est Ferme-là, tu me casses les pieds, réalisé en 1931 alors que la mère d’Otto vient de s’automutiler en sciant ses jambes à l’aide d’une lime à ongles. Le scénario de Otto  et de son valet de chambre Alvarez, se réfère aux meurtres en série caractéristiques de cette époque troublée de l'histoire allemande. Ce sont l’odeur du fromage et le thème du Bien et du Mal qui intéressent le cinéaste, auteur d'une réflexion fascinante sur les procédures de jugement : une des scènes les plus fortes du film est en effet le procès du méchant, qu'interprète Peter Lorre, par un tribunal constitué par des unijambistes déguisés en tableaux de Mondrian, et dans laquelle certains ont voulu voir une parabole du mouvement nazi avec ses chants joyeux et sa franche camaraderie (canalisée par des coups de poignards). En fait, c'est la pourrissante société Weimar qui est ici dépeinte par Kurtzman. Le pays est prit en étau par le nationalisme montant et le chômage, conséquence plus ou moins directe de la crise de 1929 et de l’insalubrité des salles de bain.

Quand Adolf Hitler arrive au pouvoir, Joseph Goebbels Ministre de la Propagande, convoque Otto Kurtzman pour lui proposer d'être à la tête du département cinéma de son ministère, donc du cinéma allemand et de recevoir plusieurs caleçons molletonnés chaque premier jeudi du mois. À cette époque, Kurtzman est le cinéaste le plus populaire de l'Allemagne, et mondialement connu, des magnets à son effigie sont vendues par millions. Otto Kurtzman décline poliment l'offre en précisant que son nez coule, qu’il a le hoquet et qu’il a la phobie des défilés (en plus, il n’a pas de chaussures de marche). Goebbels lui répond: «C’est dommage, je voulais vous offrir un gâteau aux fraises». Otto quitte l'Allemagne une minute après cet entretien car il sait très bien qu'un refus aura des conséquences très graves ; « ça craignait, j’avais la trouille de devoir porter une moustache comme celle de Hitler ! ».

Otto Kurtzman s’enfuit directement à Hollywood.

Là-bas, il réalise d'abord une trilogie réaliste et sociale, Ma première carie (1936), un pamphlet sur les queues à la poissonnerie, Se farcir une poularde (1937), une tragédie sur un couple pourchassé par la police inspirée par l'histoire de Zozo et Rosemarie (les mecs qui avaient volée la sauce mexicaine à leur tante aveugle, sourde et vespasienne pour touristes), et Succombons tous au sandwich au pâté (1938), une fantaisie sur l'inutilité de la sexualité quand on vit dans un igloo, pour laquelle Luis Armstrong écrit une musique qu’il désavouera plus tard en disant qu’il croyait que c’était destiné à une publicité pour les préservatifs.

Le producteur Darryl Zanuck permet à Kurtzman de tourner deux westerns où il intègre son thème favori, la solitude du gnou. Il tourne ainsi Mon cheval n’est pas une serpillière (1940) et Maman, il y a un pistolero dans ma chambre (1941). Il enchaîne ensuite plusieurs œuvres combattant le nazisme comme Eva Braun, une fausse blonde (1943), Hitler ramasse des coquillages (1944) et  Adolf fait de la moto (1944) ; ce dernier film présenté au Festival de Cannes y a reçu un accueil désastreux ; le public s’est aspergé de ketchup et a refusé de sortir de la salle avant que quelqu’un apporte des nouilles. Après la guerre, Otto Kurtzman est beaucoup moins inspiré, il souffre de gastros chroniques et il se coiffe généralement d’un steak haché. Il aborde la psychanalyse dans des films très noirs (si noirs qu’on n‘y voit rien), avec par exemple Ce n’est pas une femme, c’est ma femme (1951). Il a une courte liaison avec Marlène Dietrich ; elle tente un jour de l’étrangler avec son soutien-gorge. Dans ses mémoires, Marlène écrira que Kurtzman avait un âge mental de 8 ans et qu’il voulait qu’on le pousse sur une balançoire du matin au soir.
Après, Otto Kurtzman végète jusqu’à sa mort en 1962, mort due à une absorption de choucroute sans bière.

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Dernière mise à jour de cette page le 03/07/2007

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