Ulla
est née à Stockholm, dans la froidure, au milieu des glaçons (sans Martini). Le
père de Ulla, traducteur d’espagnol pour le compte d’un assureur véreux, meurt
rongé par la maladie (des furoncles) alors qu'elle n'a que quatorze ans,
l'obligeant à quitter l'école et à travailler. Son premier emploi comme « soap
girl » chez un coiffeur-barbier, chez lequel elle savonne les joues
des clients en leur lisant des contes de fées, est suivi d'une place de
vendeuse dans un magasin d’imperméables où elle pose parfois comme modèle pour
des publicités. Cela lui donne le goût du cinéma. Elle a 20 ans, elle est
blonde, très belle, elle sait dire « Mon oncle Olaf pratique la
strangulation le week-end » en croate.. C’est alors qu’elle se lie avec
Otto Kurtzman et le suit à Zurich. Otto lui fait miroiter un grand rôle dans un
film qu’il souhaite réaliser dès que possible. Ce film, ce sera deux ans plus
tard Le monsieur et le croque-monsieur ; un très mauvais souvenir
pour Ulla (« Otto criait sans arrêt à cause des hôtesses de l’air qui
envahissaient le plateau, et la nuit à l’hôtel, il prenait toute la
couverture ! ». Elle fera encore un film avec Kurtzman, Les
poissons morts dans la soupe aux cressons. Mais leur relation se
dégrade ; Kurtzman n’autorise Ulla à ne manger que des pastèques. Et puis,
Ulla grossit énormément et ça gêne Kurtzman parce qu’il a une petite voiture. Alors,
Ulla part pour les Etats-Unis avec un type qui lui a promis de lui acheter une
robe rouge. Finalement, il ne lui offrira qu’un bonnet en laine, ce qui la
mettra en fureur ; « Macaque ! »,
« Pardon ? », « Macaque, je dis ! », « Ah
ouais, je n’avais pas pigé… ». Arrivée à Hollywood, la carrière de Ulla
prend un tournant inattendu ; à son arrivée, elle n'a rien d'une femme
fatale — Louis B. Mayer la surnomme alors « la baleine nordique »
— mais Pips Grtophgliups, un photographe de Vanity Fair qui a du flair, décèle
son important potentiel (« Si vous la regardez de loin, vous verrez, c’est
Bambi ! »). Elle suit un régime amaigrissant et elle est "relookée",
cheveux coupés, lissés, front dégagé, yeux alourdis, sourcils réduits, regard
mis en valeur, lecture accélérée des tragiques grecs. En la voyant, Louis B.
Mayer n’en revient pas : « Je n’en reviens pas ! » (sic)
Ses
premières apparitions dans des films muets, tels La vipère en 1923, Le
fils de la vipère en 1924, J’ai tuée une verrue en 1925 ou Urbi, Orbi et la sœur du capitaine en
1926, la propulsent en haut de l'affiche. Le renouvellement de son contrat est
l'occasion d'un long bras de fer avec Louis B. Mayer (le boss de la MGM) et
aboutit à ce qu'elle devienne l'actrice la mieux payée d'Amérique ;
« Elle gagne autant de fric que moi, pourtant c’est une
suédoise ! » déclare Charlie Chaplin à la revue des plantes grasses. C'est
dans ces premières années qu'elle rencontre Popeye Kurnus, star du cinéma muet
(il a joué dans le film Le péril jaune n’est pas aussi jaune que ça),
avec qui elle poursuit une relation qui défraye la chronique ; un jour,
Popeye lui passe une laisse autour du cou et essaie de la faire admettre dans
un chenil. La légende veut qu'elle l'ait quitté devant l'autel, ayant changé
d'avis quant à leur mariage (« J’avais oubliée de mettre une
culotte ! »), mais la MGM utilise abondamment les scènes d'amour
qu'elle interprète avec Popeye pour alimenter les gazettes people ; le
magazine Urbanités et Intraveineuses publie une photo de Ulla et Popeye en
train d’éplucher des pommes de terre sur un voilier à trois mâts. La carrière
de Ulla, contrairement à celle de beaucoup d'autres, ne s'arrête pas avec la
fin du cinéma muet. Ulla est l'une des rares stars hollywoodiennes à franchir
le cap du cinéma parlant. C'est dans C’est urique ou pas ? en
1930 que le public entend pour la
première fois sa voix sensuelle, teintée d'un léger accent suédois. Le film est
d'ailleurs promu avec le slogan « L’ex-baleine cause » et est un
véritable succès, bien que Ulla ne reconnaisse pas sa voix (« On dirait la
sonnerie de mon téléphone ! »). Popeye, quant à lui, dont la
popularité baisse, ne réussit jamais la transition vers le cinéma parlant (son
film Obsession variqueuse est tellement mauvais que même les autres
acteurs se tirent avant la fin) et sa carrière s'arrête brusquement. Ulla le
bazarde sans ménagement : « Tu pues des pieds même quand tu sors de
la douche ! ».
À
partir de cette époque, on lui compose, un nouveau personnage solitaire,
énigmatique, incompréhensible (« J’ai souvent eu l’impression de voir mon
avocat ! » dira Alfred Hitchcock). Elle devient grave, tantôt mutine,
tantôt craintive, parfois intellectuelle (« Mozart, c’est vachement
de la musique ! »). Elle n'assiste qu'aux premières, n'accorde plus
que de rares interviews, voyage sous un nom d'emprunt (Théodore Roosevelt ou
Rimski-Korsakov). Elle arrête aussi les nombreuses séances de photos d'extérieur
et ne fait plus que des portraits d'art, réalisés en studio, avec des œufs au
lait au dessert. Tout est parfait, merveilleux. Seulement les trois films
suivants de Ulla sont des échecs retentissants, le public boude. Louis B. Mayer
lui donne une dernière chance : « Si le prochain film ne casse pas la
baraque, tu te barres illico dans ton réfrigérateur ! »
Ce
film c’est Ma tachycardie et moi : six entrées à New York !!!
Un flop du tonnerre !
Ulla
est accablée, désespérée, elle pleure. Mayer la chasse d’Hollywood, la
poursuivant avec des taureaux et un chanteur de bel canto. Ulla se retire à
Stockholm où elle ouvre une clinique pour grenouilles enrhumées. Elle se marie
à 40 ans avec un pêcheur de thon qui écrit des poèmes sur la vie conjugale au
Tonkin. Elle n’a pas d’enfant. Elle meurt en 1970, seule, dénudée, avec des
poils sous les bras.

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