Biographie de Jane et Molly

Les vies de Jane et Molly s’entremêlent, comme le pied et la chaussette (ou l’espagnol et les castagnettes). Jane Kalagan est née près de Wolverhampton, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Elle est la fille d’un ingénieur et directeur d’une mine de charbon qui fumait des cigares et avait une correspondance épistolaire avec une hirondelle. En 1907, la famille s’installe à Glasgow et cinq ans après, Jane devient étudiante à la Glasgow School of art où elle apprend à utiliser toutes sortes de matières et notamment le travail du métal, la broderie et la farine. La deuxième année, Jane se lie d’amitié avec Molly Sperguvers, puis d’amour. Molly est d’une beauté transcendantale qui fait perdre la tête aux asperges. Mais Molly est moins douée que Jane ; surtout en farine (« Jane avait une patience de sèche-linge. Moi il fallait que ce soit terminé avant que je commence. Résultat : je faisais toujours des bonhommes sans nez ! »).

Les œuvres les plus dynamiques de Jane sont de grands panneaux peints en utilisant la technique du gesso - « gesso » est le mot italien pour désigner la craie ; à ne pas confondre avec spaghetti qui n’est pas utile sur un panneau, à moins d’avoir des invités à l’improviste - réalisés pour les intérieurs qu'elle décorait dans des salons de thé ou les buanderies (ou les hamacs). Jane et Molly vivent à Londres et sont très heureuses. « Je suis very heureuse. J’arrive même à m’acclimater au phoque qu’il y a dans la tuyauterie et à Hiiiplarjk, le type qui a le subconscient d’un serial killer et qui vit dans la commode du living. » dit Molly.

En 1914, Jane est engagé en tant qu’infirmière au front ; ce n’est pas joli et Jane a beaucoup de mal à s’habituer à la mort au milieu des repas (« Les amputations après les rillettes, ce n’est pas génial ! »). Beaucoup de soldats auraient pu être sauvés s'ils avaient reçu en temps voulu les soins appropriés. Hélas, cela sera loin d'être le cas et il s'écoulait souvent une longue période de temps entre le moment où le soldat était blessé (il fallait déjà le récupérer sur le champ de bataille ce qui n'était pas toujours évident car les infirmières ne couraient pas très vite) et celle ou il recevait les premiers soins (un pansement) avant d'être acheminé vers les hôpitaux de l'arrière sur une brouette. Si la blessure n'était pas trop grave, s'il n'avait pas perdu tout son sang, si la gangrène n'avait pas eu le temps de s'installer, si le poste de secours n'était pas trop loin et s'il n'était pas engorgé, alors, il avait une chance de s'en sortir. Cela faisait beaucoup de " si " pour un corps déchiré, un organisme épuisé et un moral en détresse !

En 1918, Jane entend parler d’un mouvement artistique venant de naître à Zurich. Elle a très envie d’aller voir ce qu’il s’y passe. Molly accepte de l’accompagner ; « J’annule mon rendez-vous avec mon psychanalyste et je viens avec toi ! ». Elles partent un lundi matin avec peu d’argent en poche. C’est au Cabaret Voltaire qu’elles bavardent pour la première fois avec Otto Kurtzman et sa fiancée Ulla. Extrait de leur conversation :

Molly : « C’est vraiment du café, ça ? »

Otto : « En tout cas, il y a du sucre ! »

Jane : « ça ne ressemble pas à du sucre ! »

Ulla : « Je me demande à quoi sert le sucre ? »…

Tous les quatre, ils décident de partager un appartement.

Après ce long séjour zurichois, Jane et Molly rentrent à Londres. « Nous sommes de retour ! » dit Molly. « Oui, à condition de regarder devant nous ! » dit Jane. Elles exécutent ensemble des sculptures à partir de moteurs de voitures ou de cartes postales provenant du Mont Saint-Michel. Elles sont au centre de l'avant-garde artistique de Londres avec Buggy, un type qui fait des autoportraits sur des assiettes de purée (et aussi Greg Schmoll qui est spécialisé dans l’écriture de télégrammes en gothique et Allan Schlups qui catapulte des dentistes sur des renards sauvages). Molly illustre les poèmes de Ezra Pound, parfois dans la revue ultramoderne Saucisson à l’ail. Dans les années 1930, Jane  réalise des sculptures en résine et en chapelure qui sont exposées dans le sous-sol d’une librairie afghane du centre de Londres avant l’intervention de la police montée.

Molly passionnée par les chevaux, réalise de nombreuses estampes d’attelages, de scènes de diligence ou de chasse à courre. Elle chasse elle-même à courre et devient marraine d’une meute dont l’un des chiens, Marguerite Duras (un clebs très laid et très pompeux), sera son légataire universel. Elle pratique également la course point-to-point (en français la course au clocher) malgré sa fâcheuse tendance à stopper tout à la vue d’un lapin pour aller le saluer et lui offrir des sucettes.

Dans les années 40, Jane et Molly se font plus discrètes ; mais en 1943, lors d’une réception chez Winston Churchill, elles arborent chacune une barbe et font de la corde à sauter sur le bureau du premier ministre tout en récitant des formules de cuisson du maquereau au vin blanc.

En juin 1945, elles meurent au même moment, écrasées par un autobus dans le quartier de la City. Voici le récit d’un passager de cet autobus : « Je ne sais pas ce qu’il s’est passé. Elles attendaient à l’arrêt. Et quand le bus est arrivé, elles ont voulu grimper sur les roues ! »

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Dernière mise à jour de cette page le 05/07/2007

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